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  Qu'est-ce que la cryptozoologie?
 

Texte trouvé sur le site de l'Institut Virtuel de cryptozoologie, de Michel Raynal

Qu'est-ce-que la cryptozoologie ?

 

    Il est une discipline scientifique qui n'est pas (pas encore ?) enseignée dans nos universités, bien qu'elle possède ses lettres de noblesse : c'est la cryptozoologie.

    Historiquement, le mot "cryptozoologie" a été forgé au milieu des années 1950 par le zoologue Bernard Heuvelmans (figure 1) pour désigner le genre de recherches auxquelles il se consacrait depuis plusieurs années.

Bernard Heuvelmans
Figure 1 : Bernard Heuvelmans
(1916 - 2001)

    Il faut toutefois noter que le naturaliste américano-écossais Ivan T. Sanderson avait lui aussi, de manière complètement indépendante, créé le mot de "cryptozoology" avant même Bernard Heuvelmans, comme ce dernier l'a lui-même reconnu dans la première édition de son livre sur le serpent-de-mer (1965) :

"C'est lui [Sanderson] qui, alors qu'il était encore étudiant à Cambridge, a inventé le terme de "cryptozoologie" ou science des animaux cachés, que je devais ingénument forger à mon tour, à une époque plus récente, sans connaître sa priorité." (Heuvelmans 1965 : 580).

    Bizarrement, ce passage ne figure pas dans la deuxième édition, revue et augmentée (1975).
    La première mention publiée de ce néologisme parut en 1959 dans un ouvrage de Lucien Blancou de la célèbre collection Que Sais-je, intitulé Géographie Cynégétique du Monde, où l'auteur, alors Inspecteur en chef honoraire des Chasses et de la Protection de la Faune Outre-Mer, écrivait dans la dédicace (Blancou 1959) :

"A Bernard Heuvelmans, maître de la "cryptozoologie", respectueux et amical hommage."

    Bernard Heuvelmans, docteur en zoologie, né en 1916, est considéré depuis comme le "père de la cryptozoologie". Il est l'auteur de nombreux articles et ouvrages traitant de ces questions (voir notamment sur ce site la section : Quelques données bibliographiques)

 

Qu'est-ce donc que la cryptozoologie ?

    Étymologiquement, le mot a donc été construit par Bernard Heuvelmans, et indépendamment, par Ivan T. Sanderson, à partir des racines grecques zoon (l'animal), logos (le discours), et du préfixe kryptos (caché) : si la zoologie est la "science des animaux", la cryptozoologie est donc, d'un point de vue étymologique, la "science des animaux cachés".
    Plus précisément, dans l'esprit de
Bernard Heuvelmans, il s'agissait de mettre au point une méthodologie visant à dépister de manière systématisée (et non pas hasardeuse) des espèces ou des sous-espèces animales encore inconnues de la science.

    Aujourd'hui, le mot de "cryptozoologie" se rencontre dans des revues scientifiques, et même dans certaines encyclopédies. Ainsi, le Dictionnaire Encyclopédique Quillet donne la définition suivante, rédigée par Jean-Jacques Barloy (1968) :

"cryptozoologie : n.f. -- Science qui tente d'étudier objectivement le cas des animaux seulement connus par des témoignages, des pièces anatomiques ou des photographies de valeur contestable (Homme des neiges, améranthropoïde, Serpent de Mer, "monstres" divers) ; illustrée en France par les ouvrages de Bernard Heuvelmans."

    Bien qu'il en ait exposé le concept dès les années 1950, Bernard Heuvelmans n'a donné lui-même une définition aussi précise et exhaustive que possible de la cryptozoologie que relativement récemment, pour dissiper un certain nombre de malentendus sur ce qui en relève et ce qui n'en relève pas (Heuvelmans 1988) :

"L'étude scientifique des animaux cachés, c.à.d. des formes animales encore inconnues pour lesquelles sont seulement disponibles des preuves testimoniales ou circonstancielles, ou des preuves matérielles considérées comme insuffisantes par d'aucuns."

    En d'autres termes, l'étude des animaux dont l'existence, bien que controversée, peut être établie sur la base de preuves testimoniales (témoignages oculaires), circonstancielles (indices concomitants, etc.), ou même autoscopiques (que chacun peut voir) mais considérées comme insuffisantes par certains (fragments anatomiques par exemples).

    Pour Bernard Heuvelmans, la recherche d'espèces ou de sous-espèces encore inconnues implique que la survivance d'espèces animales considérées comme disparues au cours des temps historiques ne relève pas de la cryptozoologie stricto sensu : la survivance tardive de la rhytine de Steller (Hydrodamalis gigas, supposée éteinte en 1768), du grand pingouin (Alca impennis, supposé éteint en 1844), ou même du thylacine ou loup marsupial de Tasmanie (Thylacinus cynocephalus, supposé éteint en 1932), en dépit de leur intérêt pour la cryptozoologie, restent des "affaires" purement zoologiques, car leur existence récente n'est pas en cause. En revanche, la survivance de Néanderthaliens en Asie Centrale relève pleinement de la cryptozoologie, puisque il est communément admis qu'ils ont disparu il y a quelque 40 000 ans, et que l'on attribue généralement un statut de sous-espèce (à tout le moins) à de tels cas de "survivants de la préhistoire".

    La découverte fortuite de nouvelles espèces animales ne relève pas non plus de la cryptozoologie : découvrir des dizaines d'espèces d'insectes nouvelles dans une forêt tropicale à la suite d'une collecte systématique après un épandage d'insecticide n'a rien de cryptozoologique. La cryptozoologie a en effet un caractère prédictif, dans le sens où elle vise à anticiper les découvertes zoologiques à venir (au lieu de s'en remettre au hasard), en rassemblant toutes les informations disponibles permettant d'établir l'existence possible d'une forme animale encore inconnue.

 

Comment peut-on connaître des animaux inconnus ?

    Prétendre étudier scientifiquement des animaux inconnus peut sembler paradoxal. Il faut d'abord préciser que la connaissance d'un animal, parfaitement répertorié, dit "connu", n'est jamais parfaite : pour donner un exemple, le ronronnement du chat est encore très mal expliqué...
    Pour ce qui est des animaux apparemment inconnus auxquels la cryptozoologie est confrontée, on peut distinguer 5 grands types d'information disponibles permettant de supposer leur existence, qui du reste recouvrent le champ des espèces déjà admises :

  • type 1 : animaux connus par tradition indigène, c'est-à-dire par une "empreinte" dans la mémoire collective.
        La plupart des animaux mystérieux relevant de la cryptozoologie sont connus au moins par tradition, et possèdent du reste un nom vernaculaire (ou plusieurs) parmi les autochtones. Il est à noter que quantité d'animaux "répertoriés" appartiennent à la même catégorie : le loup ou l'ours, par exemple, ne sont plus guère connus que par tradition dans nos montagnes françaises...
    Le cas échéant, les représentations artistiques d'animaux appartiennent à la même catégorie, à moins d'être directement liées à une observation, qui relève de la catégorie suivante.

  • type 2 : animaux connus par témoignage, c'est-à-dire par une "empreinte" sur l'un des cinq sens humains.
        On possède en effet des informations visuelles (observations), auditives (écoute de cris), olfactives (odeur de l'animal), tactiles (sensation au toucher), et même gustatives (certains animaux inconnus ayant été mangés !).

  • type 3 : animaux connus par interaction avec la matière, c'est-à-dire par une "empreinte" physique.
        Traces de pas (empreinte sur le sol), photographies et films (empreinte sur la pellicule), échos sonar (empreinte électronique), marques d'agression et blessures infligées (empreinte mécanique, dentaire, etc.), traces d'hybridation (empreinte génétique), évidence de symbiose avec une autre espèce ou de modification de l'environnement (empreinte écologique), etc.

  • type 4 : animaux connus par des fragments anatomiques.
        Poils, plumes, fourrure, dents, fragments osseux, excréments, taches de sang, fragments tissulaires, etc.

  • type 5 : animaux connus par un spécimen complet.
        On pourrait croire que la cryptozoologie n'est pas concernée par cette catégorie, mais il y a en effet des espèces controversées et relevant de la cryptozoologie, bien qu'ayant été décrites à partir d'un spécimen : par exemple
    l'éléphant nain (Loxodonta pumilio).

 

Bibliographie

BARLOY, Jean-Jacques
1968 Cryptozoologie. Dictionnaire Encyclopédique Quillet. Paris, Librairie Aristide Quillet, 2 : 1622.

BLANCOU, Lucien
1959 Géographie cynégétique du monde. Paris, Presses Universitaires de France, collection Que-Sais-Je ? n° 807 : 4.

HEUVELMANS, Bernard
1965 Le Grand Serpent-de-Mer — Le problème zoologique et sa solution. Paris, Plon.
1988 The sources and methods of cryptozoological research. Cryptozoology, 7 : 1-21.

 
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